À l’occasion de la Fête du Couteau à Nontron, la Communauté de Communes du Périgord Nontronnais, le magazine « La Passion des Couteaux » et le Pôle Expérimental Métiers d’Art de Nontron et du Périgord-Limousin organisent un concours de création de couteau ouvert aux couteliers professionnels.

L’objectif de ce concours est de valoriser à la fois les talents d’artisans et de créateurs des couteliers. Les couteaux proposés sont exposés sur le plateau coutelier pendant la Fête du Couteau. Le couteau gagnant du concours est acquis par la Communauté de Communes et fait partie de la collection permanente de l’Espace Lames et Métaux.

LE THÈME 2026 : « MÉMOIRE »

Cette année, nous célébrons les 30 ans de la Fête du Couteau à Nontron !
Cet événement est l’occasion de rendre hommage aux grands couteliers qui nous ont honoré de leur fidélité. Certains hélas nous ont quitté laissant orphelins de nombreux couteliers qui leur doivent beaucoup. Éric Plazen, Alain Descy, René Bol entre autres ont fait partie des piliers de cet événement dans l’esprit de la transmission. Grâce à leur talent et leur générosité, ils ont marqué la coutellerie française.
Ces 30 éditions de la Fête du Couteau ont marqué les participants par une rencontre ou une découverte. Nous avons donc proposé, pour cet anniversaire, de regarder en arrière et d’honorer ceux qui ont tant donné, à travers une création en hommage à leurs idoles rencontrées ici ou aux découvertes décisives qui les ont tant inspirés.
Formes, matières, couleurs, systèmes… le concept des couteaux sont donc inspiré par ceux qu’ils admirent et/ou sont le reflet des rencontres et découvertes faites lors de la Fête du Couteau.

Le couteau gagnant du concours doit se démarquer par ses qualités techniques et esthétiques. Les critères suivants sont également pris en compte par le jury : ingéniosité, originalité de la proposition, savoir-faire coutelier, techniques mises en œuvre, histoire du couteau et esthétique.

Le prix du concours a été remis à Manon FRYS pour son duo de couteau « La mémoire qui traverse le creux de mes mains », le deuxième couteau étant remis comme trophée pour le Prix Alexandre Salle.
La Coutellerie Nontronnaise a, quant à elle, reçu le prix spécial du jury avec son couteau « O mage ».

Les participants au concours :

Manon FRYS
« La mémoire qui traverse le creux de mes mains »  – 1er PRIX DU CONCOURS
Duo de couteaux avec le trophée du Prix Alexandre Salle
Date de création : juin 2026
Matériaux : sur les flancs, acier de minéral local d’Etouars, nickel pur et XC100 à cœur. Manche en laiton.
Techniques : Pour la lame carbone, réduction du minerai avec un bas fourneau, grappage et fabrication du barreau à la forge à gaz.
Manche en laiton réalisé par fonderie à partir d’un moulage du creux de ses mains.

(dans la main gauche ; qui vient d’hier)
Dans le creux de mes mains,
i.elles ont posé, la mémoire de leur parcours d’artisan.e.
Cadeau précieux ; les savoir-faire

(dans la main droite ; demain ; le/la futur.e lauréat.e)
Passeuse de mémoire.
De mes mains, je transmettrai ce que d’autres ont reçu avant moi

« Je fais partie de la nouvelle génération de coutelier.e.s.
Je ne vous parlerai donc pas de couteliers qui me sont inconnus.
Je vous parlerai de Feu, de Fer, de Forge, de Minerai, de Minéraux, de Métaux.
Je vous parlerai de 3F3M, association indissociable de la Fête du Couteau. Toutes deux portent la mémoire du patrimoine métallurgique de Dordogne activement.
Ma première rencontre de l’association s’est faite au travers de Michel Lemans, membre actif que j’ai rencontré dans les allées de la fête du couteau.
Quelques mois plus tard, un samedi de janvier 2025, je me suis pointée au rendez-vous hebdomadaire de leur atelier participatif situé à Etouars porté par l’association. Depuis lors, rares sont les rendez-vous que j’ai loupé.
Ce couteau est une ode à ce qui s’y passe : pratiquer, transmettre et partager, collectivement et activement la métallurgie, la forge et la fonderie.
Ode à cette bande de joyeux lurons que je prends plaisir à rejoindre 3 samedis par mois.
Ode au plaisir d’apprendre et de transmettre autour du Feu, du Fer, de la Forge, du Minerai, des Minéraux, des Métaux avec eux.
Ode à ce lieu de transmission et de mémoire.
Ode à l’association 3F3M pour toutes les actions qu’elle met en place sur le territoire depuis de nombreuses années de façon bénévole et engagée.
Il n’y a pas de savoir-faire sans mémoire.
Pas de mémoire sans transmission. »

La Coutellerie Nontronnaise
« O mage » – PRIX SPÉCIAL DU JURY
Date de création : juin 2026
Matériaux du couteau : lame constituée de cinq couches dans un style métallurgique « Plazenien », c’est un NICKWICH© de vieux fer (les flancs sont en vieux fer provenant d’un essieu de roue de charrette d’avant 1900 possédant un motif original, vient ensuite du nickel pur blanc et une âme en XC100 foncé pour le contraste), loupe de genévrier pour le manche.
Techniques : Lame NICKWICH©. Garde intégrale sculptée en profondeur dans la masse laissant apparaître les différentes couches. Manche en plate semelle inversée, inspirée du travail de forge original de Mickaël Moing. Le manche, qui rappelle la sobriété des essences utilisées par Eric Plazen, est sculpté à la main dans un esprit « Reverdien ». Pommeau en NICKWICH© rapporté par soudure, garde intégrale sculptée en profondeur dans la masse laissant apparaître les différentes couches le traversant (clin d’œil aux œuvres de Pierre Reverdy).
L’équipe volontaire de la Coutellerie : Patricia Boutoule, Mathieu Brossier, Chloé Chauffaille, Jordan Grosse, David Guillemette, Adrien Jonquière, Guillaume Naboulet.

« Pour rendre hommage à ces grands métallurgistes, couteliers, forgerons, artisans ayant ou non croisés notre chemin mais dont nous connaissons tous les œuvres, l’équipe de création de la Coutellerie Nontronnaise vous présente « O mage ».
Cette pièce unique nous a facilement été inspirée par différentes rencontres et par le travail d’exception produit encore de nos jours par certains couteliers, et malheureusement plus par d’autres.
Nous espérons avec cette pièce, et celles qui viendront, faire vivre à notre petite échelle cet « héritage artisanal » qui nous a été transmis et, peut-être, à notre tour, susciter dans la tête de petits et grands, l’intérêt ou la passion pour ces nobles métiers.
Nous ne pouvons pas citer toutes les personnes qui nous ont appris, éclairé ou motivé dans nos voies, mais nous ne les oublions pas. »

Frédéric MARCHAND
« Mémoire »
Date de création : 2026
Matériaux : râpe de Maréchal Ferrant + noyer
Techniques : forge.
« Couteau inspiré de Joe Keeslar ».

Jean LADOIRE – La forge du Lys
Date de création : février 2026
Matériaux : Lame en Damas 160 couches composé d’un tranchant en 90mcv8 étoffé d’un assemblage de XC75 ainsi que d’un « Bronze Rose » composé de Cuivre, de Nickel et de Cobalt.
Manche en ébène du Gabon avec une petite plaquette de Bronze Rose.
Techniques : Fonte, coulée, corroyage, laminage du bronze, puis incorporation dans un damas d’acier. Lame fixe à queue (soie cachée).

« Coutelier à plein temps depuis 2022, forgeron amateur depuis son adolescence, Jean Ladoire, âgé de 25 ans, a toujours été en quête de nouveautés à explorer. C’est ainsi qu’il a découvert le travail de Coy Baker, un américain très connu pour ses damas colorés (cuivre, nickel et bronze principalement). Vers 2021-2022, il se décide à apprendre à ajouter des couleurs dans ses lames.
Lors des différentes Fêtes du Couteau auxquelles il se rend, il échange avec l’association 3F3M, recherchant des conseils autour du cuivre. Il met environ 2 ans avant de mettre au point diverses méthodes pour intégrer les métaux non ferreux aux damas d’acier. Il croise ensuite la route de Gérard Almuzara, connu en France pour ses damas, avec qui il a beaucoup échangé. Il passera une semaine avec lui à expérimenter sur de nouvelles techniques avec divers alliages. Il poursuit ses études en s’intéressant au cobalt, métal voisin du fer sur le tableau périodique.
Le couteau présenté ici est, pour lui, une célébration technique et métallurgique de toutes les influences qui l’ont guidé au fil de ses visites à la fête du couteau.
Pour le concours « Mémoire » il propose un petit couteau d’office avec une lame en damas assemblé en étoffe.
Le design de ce couteau est simple et épuré, suivant les règles dictées par son usage : une lame courte et agile, mais très fine pour une bonne coupe.
Ce couteau est fidèle au style qu’il s’est construit au fil des années avec une petite entablure forgée ainsi que des contrastes intenses sur les lames damas.
Le « bronze rose » est un alliage créé par Jean Ladoire après plusieurs mois de recherches et une trentaine d’essais d’alliages, tous fondus sur place dans son atelier avec un creuset, coulés en lingot puis battus en tôle utilisable. Le « bronze rose » contient du Nickel et du Cobalt pour délaver le rouge du cuivre et se rapprocher du rose. Plus dur et plus résistant à l’oxydation que le cuivre pur, il lui permet de conserver sa couleur plus longtemps. Il est plus difficile à souder à l’acier. Au-delà d’un petit couteau d’office ce sont des mois de recherche en métallurgie ainsi qu’un défi technique qui sont présentés ici ».

Pierre LOBRY – Atelier du Pierro
Date de création : juin 2026
Matériaux : lame et fausse pièce – acier inox N690Co, platines en acier Z20, rondelles de bronze bérillyum et visserie inox, manche en pistachier.
Techniques : enlèvement de matière, sculpture et gravure à la main, émouture spécifique typée sylex.

« Conçu et créé spécifiquement pour cette 30e édition de la Fête du Couteau de Nontron, voici un biface, non pas taillé dans du silex ou de l’obsidienne comme il y a 1,7 millions d’année par l’Homo Erectus en Afrique, mais une interprétation contemporaine, toute personnelle et unique de ce premier outil façonné par l’homme, en acier et en bois, tout simplement.
Cette création me permet de faire le lien, entre le passé et le présent, entre la préhistoire et le 21e siècle, entre les formes et les matières, entre le temps et l’espace, entre les morts et les vivants. C’est une histoire qui parle des gestes, des savoirs, de transmission.
Ce biface est composé d’une lame en acier inox N690Co, montée avec des rondelles de bronze bérillyum et d’une fausse pièce de 7mm en acier inox N690Co.
Les platines sont en acier inox Z20, la visserie est en inox. Le système de blocage de la lame est du type lynerlock, sans bille de rétention avec un ressort un peu fort pour une meilleure rétention de la lame.
Pour rappeler la forme et la couleur de certains sylex, j’ai opté pour des côtes texturées et polies en bois de pistachier, bois que j’ai découvert la première fois, lors de ma seconde participation à Nontron. Le tout a été réalisé principalement par enlèvement de matière, gravé et sculpté à la main.
Ce couteau est un fixe intégral, la lame, la garde et la plate semelle sont en une seule pièce. L’ensemble est donc constitué du même matériau. Le pommeau est rapporté par soudure. Ces matériaux sont mis en valeur différemment selon le travail de forge et de mise en forme. Nous en profitons pour rendre un hommage appuyé à Michel lemans de 3F3M qui nous accompagne à la forge depuis plusieurs années avec pédagogie et générosité. »